On estime que 65 000 Français ont chaque année une intervention pour hypertrophie bénigne de la prostate. Aux Etats-Unis, la chirurgie pour hypertrophie bénigne de la prostate est la chirurgie la plus fréquente, après celle de la cataracte. Ces chiffres augmentent progressivement, en particulier du fait du vieillissement de la population, du désir de confort des patients et sans doute de l'offre médicale. De nouvelles possibilités thérapeutiques sont apparues récemment, médicales à visée symptomatique mais aussi de plus en plus étiologiques, ou chirurgicales cherchant à concurrencer les méthodes classiques par la diminution de la morbidité et de la durée d'hospitalisation.



1. L'ETIOLOGIE

L'hyperplasie bénigne de la prostate correspond à un processus hyperplasique du stroma et des éléments épithéliaux de la prostate. Les manifestations cliniques de l'hyperplasie bénigne de la prostate sont liées principalement à l'obstacle de la vidange vésicale (symptômes obstructifs) et aux modifications vésicales (symptômes irritatifs). Il n’y a pas de corrélation entre le volume de la prostate et les symptômes cliniques. L'étiologie de l'adénome prostatique est encore obscure. Toutefois, trois facteurs se dégagent :

- le terrain hormonal,

- l'âge,

- l'environnement et la race.

L'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) est le terme qui désigne le développement tissulaire survenant dans la prostate dès la 3e ou la 4e décade. L'hypertrophie est histologiquement présente chez la moitié des patients de 45 ans, 80 % de ceux de 60 ans et 100 % de ceux de 90 ans. Cette hypertrophie, communément appelée adénome, est composée de différents types cellulaires avec des éléments glandulaires, myomateux, fibreux et du stroma. L'hypertrophie est perceptible chez la moitié des patients de plus de 60 ans, soit par le toucher rectal, soit par l'échographie. Près de la moitié de ces patients se plaignent de troubles mictionnels rassemblés sous le terme générique de prostatisme, 20 % consultent pour ces troubles et moins de 10 % sont opérés. Deux notions sont importantes pour comprendre les fondements des nouvelles thérapeutiques médicales : d'une part l'hypertrophie subit un contrôle hormonal, dont la nature exacte est méconnue, mais on sait que cette croissance est androgéno-dépendante car on observe une diminution de la taille de la prostate après castration, d'autre part le développement prostatique est inhibé en cas de déficit congénital en 5 a-réductase. En fait, l'étiologie de l'hypertrophie est encore inconnue.

Les troubles proviennent de l'obstruction de l'urètre prostatique, soit directement (diminution de la force du jet), soit indirectement par altération de la fonction vésicale (pollakiurie, impériosités, vidange incomplète). La complexité de la maladie provient du peu de corrélation entre le volume, la taille et la forme de la prostate d'une part et les symptômes d'autre part, ce manque de corrélation compliquant l'évaluation des différents modes de traitement. Par ailleurs, il est bien connu que l'intensité des troubles fluctue spontanément avec le temps et que l'effet placebo est particulièrement net dans cette pathologie, rendant difficile l'évaluation thérapeutique en dehors d'études contrôlées contre placebo.

1) Le terrain hormonal

La prostate est un organe cible pour les hormones testiculaires. Le taux de dihydrotestostérone (métabolite actif de la testostérone) est beaucoup plus élevé dans le tissu adénomateux qu'au sein du tissu prostatique normal.

Les facteurs étiologiques de l'hyperplasie prostatique bénigne humaine ne sont pas encore bien éclaircis mais l'hyperplasie paraît bien être sous l'influence de la sécrétion testiculaire puisqu'elle ne se développe pas chez des patients ayant été castrés précocement. La prostate ne se développe pas non plus chez des patients ayant un déficit en 5 a-réductase (qui est l’enzyme qui transforme la testostérone en son métabolite actif) ou une insensibilité aux androgènes.

2) L'âge

L'adénome de la prostate touche l'homme de la soixantaine.

3) L'environnement et la race

L'incidence raciale est très importante dans cette maladie. Si 50 % des hommes de race blanche sont touchés à partir de la soixantaine, seuls 5 à 10 % des hommes de race jaune ou noire le sont.


2. L'ANATOMOPATHOLOGIE

La glande prostatique est en fait constituée de la glande crâniale qui entoure l'urètre au-dessus du veru montanum (urètre sus-montanal), et de la glande caudale qui entoure l'urètre sous-montanal et vient vers le haut entourer la glande crâniale. Ainsi, la glande crâniale se draine par des canaux qui se jettent dans l'urètre sus-montanal, alors que la glande caudale se draine au-dessous du veru.
 

1) L'aspect macroscopique

L'adénome se présente habituellement sous la forme d'une tumeur régulière faite de deux lobes latéraux situés de part et d'autre de la portion initiale de l'urètre qu'ils aplatissent transversalement. Parfois, il existe en arrière et en haut un troisième lobe qui bombe dans la vessie et obstrue plus ou moins le col vésical : c'est le lobe médian.
Bloqué vers le bas par la prostate caudale, l'adénome se développe vers les zones de moindre résistance, c'est-à-dire essentiellement vers le haut et l'arrière : vers le col vésical, vers le trigone , vers le rectum. Dans tous les cas, il refoule et tasse le reste de la prostate, mais il reste toujours séparé de cette glande caudale laminée par un plan de clivage dont l'existence constante sert de guide à la chirurgie d'exérèse.

2) L'aspect histologique

L'hyperplasie qui est à l'origine de la formation de cette tumeur bénigne peut toucher chacun des tissus constitutifs : le tissu glandulaire (adénome), le tissu musculaire (myome), le tissu conjonctif (fibrome). L'adénome de la prostate est donc en fait un adénomyofibrome. La proportion de chacun de ces éléments est variable : si le contingent fibreux est au premier plan, le volume de la glande reste modeste mais sa symptomatologie est bruyante ; si le contingent adénomateux est au premier plan, la tumeur peut prendre un volume considérable avant de devenir gênante. Ainsi, le poids de l'adénome peut-il varier de 10 à 300 grammes.

3) Physiopathologie

On estime maintenant que le mécanisme de l'obstruction de la vidange vésicale observé chez des patients ayant une hyperplasie symptomatique dépend de facteurs statiques et dynamiques. La composante statique de l'obstruction est liée à l'obstacle anatomique provoqué par l'adénome enserrant l'urètre, tandis que la composante dynamique est liée au tonus du muscle lisse prostatique. Le tonus du muscle lisse prostatique est sous le contrôle des récepteurs a-1 adrénergiques.

3. LA SYMPTOMATOLOGIE

Les signes cliniques qu'entraîne l'adénome de la prostate sont très variables d'un patient à l'autre. Beaucoup de malades ne s'inquiètent pas tant ils sont habitués à entendre dire qu'à partir d'un certain âge les hommes n'urinent plus comme à 20 ans. C'est pourquoi, lors de la première consultation, on peut se trouver en présence de tableaux très différents.

Pour schématiser, il est possible d'envisager trois phrases évolutives :

1) La phase de début

Elle marque l'apparition des troubles mictionnels. Comme nous l'avons dit ces troubles vont être différemment ressentis selon les malades.

a) La pollakiurie

C'est le symptôme le plus fréquent. Au début, elle est essentiellement nocturne et survient surtout dans la deuxième moitié de la nuit. Elle peut devenir intense et entraîner une gêne considérable. Malgré sa fréquence au cours de l'évolution de l'adénome, la pollakiurie n'est pas caractéristique de cette maladie car elle se rencontre également dans la plupart des affections du bas appareil urinaire.
 

b) La dysurie (faiblesse du jet)

Ce symptôme est moins fréquent que la pollakiurie et il apparaît plus tard. Pourtant, il est beaucoup plus caractéristique de l'obstacle que représente l'adénome de la prostate à l'écoulement des urines. La dysurie se traduit par un jet faible et lent, par l'obligation de pousser pour commencer et poursuivre la miction, d'attendre avant que la miction ne commence. Souvent, on note des mictions en plusieurs temps, des gouttes retardataires désagréables. La dysurie s'aggrave lorsque le malade a dû attendre avant de pouvoir uriner.

c) Les impériosités mictionnelles

Il s’agit d’envie brutale et difficile à maîtriser (parfois il y a quelques fuites urinaires).

d) Les symptômes sont majorés dans certaines circonstances

- une vie sédentaire augmente la stase veineuse pelvienne ;
- les excès alimentaires (boissons alcoolisées, plats épicés, ...) ;
- les longs voyages en voiture ;
- la retenue trop longue des urines entre deux mictions ;
- la prescription de diurétiques ;
- la prescription de traitements pouvant paralyser la vessie (sympathomimétiques), souvent contenus dans les médicaments contre les « rhumes ».

2) La phase de rétention vésicale sans distension

a) La rétention vésicale incomplète

La transition entre la première phase et la phase de rétention incomplète est lente, marquée par l'augmentation progressive des difficultés mictionnelles. La pollakiurie est parfois intense, apparaissant même dans la journée. Cette phase de rétention incomplète est caractérisée par l'existence d'un résidu vésical après la miction. La recherche clinique de ce résidu se fait par la palpation et la percussion de l'hypogastre. Elle est souvent difficile, lorsque la paroi du patient est épaisse.
 

b) La rétention aiguë d'urines

Elle peut sembler inaugurer l'histoire de l'adénome. En réalité, l'interrogatoire finit toujours par trouver des troubles mictionnels qui n'avaient pas gêné le malade d'autant qu'il était habitué à croire que de tels troubles étaient normaux à son âge. La rétention aiguë d'urines est souvent due à une poussée d'adénomite (poussée inflammatoire). Le toucher rectal trouvera une prostate augmentée de volume et douloureuse. Elle peut également survenir après une anesthésie générale ou une rachi-anesthésie.

Le diagnostic de rétention aiguë est habituellement facile : le malade fait des efforts incessants pour uriner sans y parvenir. Il est agité, angoissé. L'examen met rapidement en évidence un globe vésical : voussure sus-pubienne (c’est-à-dire dans le bas-ventre) douloureuse, rénitente, convexe vers le haut, mate à la percussion. Il faut bien sûr évacuer le plus vite possible la vessie pour soulager le malade. Il est habituellement facile de mettre en place une sonde urétrale. Quelquefois, le sondage peut se révéler dangereux. C'est le cas lorsqu'il existe une infection de la prostate (prostatite aiguë ou adénomite), ce que l'on peut suspecter lorsque la glande prostatique est très douloureuse au toucher rectal. Dans ces cas, le sondage est classiquement contre-indiqué car il risque de provoquer un accès septicémique qui peut s'avérer dramatique, et on met en place un cathéter sus pubien.

Lorsque la rétention aiguë a une cause précise (médicamenteuse par exemple), elle peut être transitoire et, passé l'accident rétentioniste, le malade retrouvera la façon d'uriner qui lui est habituelle. Mais bien souvent la rétention est le terme d'une dysurie plus ou moins bien tolérée par le malade. Il faut alors intervenir sur la prostate pour pouvoir rétablir des mictions normales et enlever la sonde.

3) La phase de rétention vésicale avec distension

A cette phase, le résidu après miction dépasse la capacité normale de la vessie (soit 300 à 400 cm3 chez l'homme), et la vessie se trouve donc distendue en permanence.

Le signe clinique fondamental est la perte involontaire d'urines qui peut faire croire à une incontinence. Il s'agit en fait de mictions par regorgement, c'est-à-dire que les contractions de cette vessie pleine en permanence provoquent la perte intermittente de quelques gouttes d'urine. Ces fuites surviennent d'abord la nuit, puis le jour. Il s'y associe une pollakiurie et une dysurie souvent très invalidantes. Mais il n'est pas rare que cette distension s'accompagne paradoxalement de signes cliniques pauvres se résumant à des gouttes retardataires. Cette situation est dangereuse car la distension de la vessie va peu à peu entraîner la distension du haut appareil urinaire et donc une insuffisance rénale qui pourra, au fil du temps, n'être réversible que partiellement.

Ces trois phases sont théoriques. La durée qui les sépare les unes des autres est extrêmement variable. De plus à tout moment un accident évolutif peut survenir. Ces accidents sont d'ailleurs des symptômes qui peuvent mener au diagnostic d'adénome de la prostate. Voici ces complications :

a) L'hématurie

Elle n'est pas rare.
Classiquement, elle est initiale traduisant l'origine urétrale du saignement. Cependant, elle peut se révéler totale lorsqu'elle est abondante. En effet, les saignements d'origine prostatique sont habituellement dus à de gros lobes médians à développement endovésical. Toutefois, l'hématurie n'est pas un symptôme habituel de l'adénome et impose de rechercher une autre cause.
 

b) L'infection

Elle est très fréquente. L'adénomite entraîne une brutale augmentation de volume de la glande qui devient douloureuse. Les troubles mictionnels sont souvent très intenses pouvant aller jusqu'à la rétention. Les signes infectieux sont importants réalisant un véritable syndrome pseudogrippal comme lors d'une prostatite. Parfois, l'infection se manifeste par une simple "cystite" qui chez l'homme doit faire rechercher un adénome de la prostate.

L'épididymite est une complication habituelle de l'infection des adénomes prostatiques alors que l'infection de l'adénome peut rester asymptomatique.

La septicémie d'origine urinaire est quelquefois gravissime. La rétention urinaire, surtout si elle atteint le haut appareil, est souvent en cause ce qui doit faire chercher un adénome de la prostate. Un drainage urgent des urines s'impose pour faire disparaître le foyer d'origine.
 

c) La lithiase vésicale

C'est une lithiase de stase. Elle est fréquemment radiotransparente donc faite d'acide urique. Elle aggrave parfois de manière importante la mauvaise tolérance de l'adénome. Elle s'accompagne très souvent d'hématurie.

4. LE DIAGNOSTIC

Le toucher rectal est la clef du diagnostic. On doit y associer le palper hypogastrique.
Le doigt rectal précise alors les caractéristiques de la prostate, plus ou moins étalée transversalement, dont le sillon médian normal peut avoir disparu. La consistance de cette prostate est particulière : elle est ferme, mais non dure, élastique, homogène. L'examen va tenter d'évaluer le poids de l'adénome, ce qui est important pour les indications opératoires. Ceci paraît facile chez le sujet maigre chez lequel on aura d'ailleurs tendance à surestimer le poids ; cela est difficile chez le sujet obèse chez lequel on sous-estimera souvent ce poids.

Parfois, la prostate paraît irrégulière au toucher rectal. Bien sûr, il peut alors s'agir d'une prostatite, mais ce que l'on doit craindre c'est l'association de l'adénome à un cancer de prostate.

L'examen cherche également l'existence d'un résidu postmictionnel (c’est-à-dire la persistance de quantité importante d(urines après la miction) par la palpation et la percussion de l'hypogastre (région située dans le bas-ventre). Il vérifie l'absence de gros reins palpables, d'oedème des membres inférieurs, de hernie inguinale associée (fréquente chez les malades qui doivent pousser pour uriner).

5. LES EXAMENS COMPLEMENTAIRES

1) L'échographie :

Elle trouve de nombreuses applications chez le malade porteur d'un adénome.

a) L'échographie prostatique

On emploie la voie hypogastrique quand il s'agit simplement de déterminer le volume prostatique et le volume du résidu postmictionnel chez la plupart des patients présentant des signes de prostatisme. L'échographie prostatique est faite par voie transrectale quand il existe une anomalie au toucher rectal et/ou une élévation du taux du P.S.A. qui nécessitent une analyse précise de la structure du parenchyme prostatique et d'éventuelles biopsies prostatiques.

b) L'échographie vésicale

Elle permet d'exclure une lésion tumorale vésicale associée. Elle peut mettre en évidence une lithiase vésicale.

c) L'échographie du haut appareil

Elle précise si les cavités rénales sont dilatées ou pas.

2) L’urographie intraveineuse :

Elle n’est pas systématique. Elle doit être faite dans les circonstances suivantes :
- quand il y a un doute diagnostic ;
- quand il y a une hématurie ;
- quand il apparaît nécessaire de visualiser l’urètre (antécédent de chirurgie endoscopique, d’urétrite surtout si le sujet a moins de 50 ans) ;
- quand il existe un doute sur la nécessité d’opérer l’adénome prostatique (l’urographie peut montrer des signes de vessie de lutte avec paroi irrégulière).

3) La cystoscopie :

Elle n'a qu'une place très limitée dans le diagnostic de l'adénome de la prostate : la recherche d'une lésion vésicale associée à l'adénome lorsque le patient a présenté une hématurie ; lorsque l'on hésite jusqu'au dernier moment quant à la technique opératoire (voie endoscopique ou taille vésicale ?) pour apprécier la faisabilité d'une intervention endoscopique.

4) Les examens de laboratoire

a) Le taux de P.S.A.

L'antigène spécifique prostatique est spécifique du tissu prostatique et non pas du tissu normal, hyperplasique ou cancéreux. Il est important de connaître l'influence du tissu hyperplasique sur le taux de P.S.A. car l'hyperplasie et le cancer surviennent dans les mêmes tranches d'âge et l'importance du tissu hyperplasique doit être prise en compte avant de pouvoir utiliser le taux de P.S.A. comme marqueur du cancer.

On estime que 30 à 60 % des patients ayant seulement une hyperplasie bénigne de la prostate ont un taux de P.S.A. supérieur à la normale.

Il faut souligner que seul le composant glandulaire de l'hyperplasie produit de l'antigène spécifique prostatique, et que l'influence de l'hyperplasie sur le taux sérique est donc variable selon les constituants histologiques de l'hyperplasie. Différentes méthodes ont été proposées pour essayer d'améliorer la sensibilité et la valeur prédictive du taux de P.S.A., en particulier la définition d'une densité de P.S.A. (ou index de P.S.A.).

La densité de P.S.A. exprime la relation entre le taux sérique du P.S.A. et le volume prostatique. Si le taux de P.S.A. ne paraît pas pouvoir être attribué à l'augmentation du volume prostatique ni à l'hyperplasie, la suspicion de cancer augmente et des biopsies prostatiques systématiques, même en l'absence d'anomalie échographique, permettent de confirmer ou de lever cette suspicion.

On peut doser le PSA libre quand le PSA total est supérieur à la valeur normale. Schématiquement, un taux de PSA libre/PSA total inférieur à 10 % est en faveur d'un cancer, imposant de faire des biopsies prostatiques avant traitement de l’adénome ; supérieur à 30 % en faveur d'un adénome rendant la biopsie inutile.

L’augmentation trop rapide du PSA (qui ne doit pas dépasser normalement 0.75 ng/ml/an), appelée la vélocité du PSA est également un indice important pour décider de la nécessité de faire des biopsies prostatiques, même si la valeur absolue du PSA est encore dans les limites de la normale.

b) La créatininémie et l'examen cytobactériologique des urines

Ils sont demandés systématiquement pour apprécier le retentissement éventuel de l'adénome prostatique sur la fonction rénale et rechercher de possibles complications.

Certains patients doivent être explorés de manière plus approfondie, selon la symptomatologie et éventuellement en utilisant le bilan urodynamique :

- les patients de moins de 50 ans ;

- les diabétiques ;

- les patients ayant des antécédents neurologiques ;

- les patients prenant des médicaments pouvant modifier le fonctionnement du détrusor et/ou du sphincter urétral ;

- les patients ayant des antécédents de chirurgie pelvienne ou de traumatisme pelvien.


6. LE TRAITEMENT

Trois notions vont guider les indications opératoires :

a) L'importance de la gêne fonctionnelle

b) Le degré de retentissement de l'adénome sur l'appareil urinaire

c) L'état général du malade

Le diagnostic clinique d'hypertrophie bénigne de la prostate ne nécessite pas le plus souvent d'intervention immédiate et une simple surveillance est l'alternative de choix si les symptômes sont minimes et si la qualité de vie du patient n'est pas compromise.

Souvent le patient est gêné par des troubles mictionnels, surtout irritatifs (pollakiurie, impériosités mictionnelles), mais il n’existe pas de syndrome obstructif retentissant sur le fonctionnement vésical : dans ces cas un traitement médical peut être décidé qui sera modifié selon le résultat fonctionnel obtenu, et une surveillance toujours continuée.

Le traitement chirurgical est indiscutablement indiqué en cas de rétention urinaire aiguë non médicamenteuse, en cas d'insuffisance rénale obstructive, d'infection urinaire à répétition, de calcul vésical et d'hématurie récidivante, si l'état du patient le permet. Dans ces cas, les résultats des traitements chirurgicaux actuels (adénomectomie prostatique par voie haute, résection endoscopique de prostate selon les cas) sont excellents. Le volume de la prostate en soi n’est pas une indication opératoire.

1) LES TRAITEMENTS NON CHIRURGICAUX

a) La phytothérapie (traitement à base d’extraits de plante)

Utilisés depuis très longtemps, ces médicaments améliorent indéniablement les symptômes chez certains patients mais leur efficacité n'a pas été prouvée par des études scientifiques.
 

b) Les alphabloquants

La base physiologique de l'utilisation des alphabloquants (antagonistes des récepteurs a-1 adrénergiques) est la présence de cellules musculaires lisses dans la capsule prostatique et le col cervical, qui contribue à augmenter la résistance à la vidange vésicale, sous l'action des récepteurs a-1 adrénergiques. Les alphabloquants induisent in vitro une relaxation du muscle lisse et pourraient donc entraîner une diminution de la "tension" prostatique. Ils n'ont pas d'action sur le volume de la glande qui n'est pas modifié.

La plupart des études cliniques ont montré que cette classe de médicaments permet d'obtenir une amélioration significative des symptômes, mais l'amélioration des données objectives, jugée sur la débitmétrie, a été inconstante. Il n'y a pas d'étude montrant que l'efficacité des alphabloquants se maintient à long terme, ou qu'un des alphabloquants à visée urinaire est supérieur à un autre.

Les inconvénients sont dus au risque d'hypotension orthostatique, obligeant à des précautions en début de traitement, et on évite leur emploi chez les patients prenant certains médicaments antihypertenseurs.

c) L'inhibition de la 5 a-réductase

La 5 a-réductase est une enzyme qui permet la transformation intraprostatique de la testostérone en dihydrotestostérone (DHT), androgène plus puissant, médiateur de l'action de la testostérone, qui paraît être un facteur important de la croissance prostatique. L'idée d'utiliser un inhibiteur de la 5 a-réductase pour traiter l'hypertrophie bénigne de la prostate dérive de l'observation de patients ayant un déficit congénital de cette enzyme, et qui présentent pour seule anomalie une absence de développement de la glande prostatique. La découverte de cette mutation exceptionnelle a permis de montrer que l'on pouvait espérer par inhibition spécifique de la 5 a-réductase, altérer la croissance prostatique sans affecter les fonctions sexuelles. L'enzyme n'a aucune autre fonction dans l'organisme que sa fonction intraprostatique, et son inhibition ne donne donc aucun effet secondaire.

Un inhibiteur enzymatique spécifique diminue la DHT intratesticulaire de 90 %, sans modifier la testostéronémie.

2) LES TRAITEMENTS CHIRURGICAUX "CLASSIQUES"

a) Résection endoscopique de prostate

C'est actuellement la technique chirurgicale la plus utilisée pour le traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate. Il s'agit d'une intervention qui "rabote" l'adénome en laissant la capsule prostatique constituée par la glande normale refoulée en périphérie. La résection est une technique difficile qui ne peut être faite que par un chirurgien-urologue. L'intervention dure habituellement moins d'une heure, et permet de traiter les prostates jusqu'à 60 ou 70 grammes. L'intervention est faite sous rachi-anesthésie ou anesthésie générale. Un cathéter urétral est laissé en place pendant deux à trois jours et la durée d'hospitalisation est de cinq à six jours. Les patients ont habituellement une éjaculation rétrograde après l'intervention.

b) Adénomectomie prostatique par voie haute

En cas de gros adénome (supérieur à 70 g), l'intervention par voie endoscopique cède le pas à une adénomectomie par voie haute menée par une courte incision sus-pubienne. Les effets secondaires et les risques de cette intervention sont les mêmes que ceux de la résection endoscopique. Le cathéter urétral est laissé environ six jours et l'hospitalisation dure sept à huit jours. L'intervention par voie haute a prouvé son efficacité, car elle permet d'enlever des adénomes de fort volume avec un taux de réintervention plus bas qu'en cas d'intervention endoscopique.

c) Incision cervico-prostatique

Il s'agit de l'incision transurétrale du col vésical et de la prostate, menée en général de l'orifice urétéral jusqu'au veru montanum. Cette incision peut être médiane ou latérale, uni- ou bilatérale.

Cette intervention est simple, rapide, et permet le plus souvent de conserver une éjaculation normale. Elle ne peut s'appliquer qu'aux glandes de petit volume, n'ayant pas de lobe médian proéminent. Elle nécessitera    une réintervention quelques années plus tard et est surtout réservée aux patients jeunes désireux de conserver une éjaculation : il faut cependant savoir que celle-ci peut devenir rétrograde même après cette intervention.

Les suites opératoires de ces 3 interventions "classiques" sont pratiquement identiques.

La mortalité postopératoire est très faible, de l'ordre de 1 %. L'hémorragie retardée, qui survient dans les 10 à 20 jours qui suivent l'intervention est en règle générale due à une chute d'escarre au niveau d'une hémostase de la loge prostatique. Elle est souvent peu importante et se tarit seule. Quelquefois, elle est plus grave et nécessite la mise en place d'une sonde vésicale qui permet d'extirper les caillots de la vessie et autorise à nouveau la libre circulation des urines.

La rétention et la dysurie postopératoires sont souvent dues à un simple oedème postopératoire favorisé par une infection urinaire. Elles céderont plus ou moins rapidement à un traitement désinfectant et anti-inflammatoire. La dysurie tardive peut être due à la constitution d'un diaphragme cervical c'est-à-dire à la construction d'un véritable "mur scléreux". L'urétrocystographie ascendante et mictionnelle en fera le diagnostic. Il sera traité par section endoscopique (urétrotomie endoscopique). On peut également voir survenir une sténose de l'urètre bulbo-membraneux, parfois de l'urètre antérieur, ou une sténose méatique ou rétroméatique.

Chez un patient opéré de la prostate qui voit réapparaître une dysurie, il faut toujours penser à la possibilité de la survenue d'un cancer sur la coque prostatique laissée en place après l'adénomectomie. Enfin, il peut exister de véritables récidives adénomateuses. Elles sont tardives, ne se produisant qu'entre 7 et 15 ans après l'adénomectomie. Cette récidive vraie est à distinguer des "pseudo-récidives" qui surviennent lorsqu'un lobe a été "oublié" ou reséqué incomplètement.
 
Des troubles de la continence sont fréquents dans les jours, voire les semaines qui suivent une intervention sur la prostate. On ne pourra parler véritablement d'incontinence qu'après plusieurs mois. Cette incontinence est rare (moins de 1 %). En fait, toutes ces complications sont bénignes ou rares et elles ne doivent pas faire oublier que, de nos jours, le traitement chirurgical de l'adénome de la prostate est simple (5 à 10 jours d'hospitalisation selon la technique) et que ses résultats sont excellents.

3) LES ALTERNATIVES INVASIVES

a) Les prothèses endo-urétrales

Il s'agit de segments de tube, plastiques ou métalliques, placés au niveau de l'urètre prostatique, maintenus en place par la pression de la glande, et qui maintiennent perméable la lumière urétrale. Ces prothèses sont utilisées en cas de contre-indication chirurgicale absolue, en cas de doute diagnostique chez des patients présentant des troubles mictionnels complexes où intervient une composante neurologique. Dans ce dernier cas, la mise en place provisoire d'une telle prothèse permet de faire la part des troubles d'origine obstructive. Les complications, fréquentes, sont liées à la migration, à l'infection et aux calcifications qui surviennent inévitablement.
 

b) L'hyperthermie et la thermothérapie

Ces deux méthodes consistent à élever la température du tissu prostatique, et elles diffèrent par la température atteinte. De nombreux modèles de machines existent, utilisant soit une approche endorectale, soit une approche endo-urétrale. L'élément actif est en général un système à micro-ondes.
L'hyperthermie, correspond à une température intraprostatique comprise entre 42°C et 45°C. Les résultats publiés ont souvent été non reproductibles, laissant encore un doute sur l'efficacité de la méthode. Il n'y a ni modifications histologiques de la prostate, ni diminution de son volume, et le mécanisme d'action de ce type de traitement est inconnu. Il semble que ce type de traitement soit surtout, en fait, une alternative au traitement médical symptomatique pour des patients très sélectionnés.
La thermothérapie peut créer une nécrose tissulaire définitive en chauffant le tissu prostatique à plus de 50°C. Cette nécrose est théoriquement remplacée par du tissu conjonctif qui se rétracte secondairement, aboutissant à une diminution du volume prostatique. Une amélioration subjective des symptômes a été obtenue dans 2/3 des cas et une amélioration objective dans 1/3 des cas. Les résultats sont cependant inférieurs à ceux de la résection transurétrale de prostate, et on observe une rétention urinaire dans 4 à 40 % des cas.

c) La résection par laser échoguidé

Elle représente un nouveau concept de traitement. L'appareil associe une fibre transmettant un rayonnement laser Nd:YAG et un échographe endo-urétral qui permet de visualiser les limites de la prostate et de guider le rayonnement laser, en suivant les effets de celui-ci sur le tissu prostatique. Le traitement induit une nécrose de coagulation du tissu prostatique, qui s'élimine secondairement. L'intervention n'entraîne aucun saignement et la sortie du patient est possible dès le lendemain. Les symptômes obstructifs sont améliorés après quelques semaines, une fois l'élimination tissulaire et la cicatrisation réalisées. Peu d’équipes utilisent cette méthode.