1. Définition :

Ce sont des tumeurs urothéliales, comme les tumeurs de vessie, beaucoup plus rares et aussi 5 fois moins fréquente que le cancer du rein. Elles sont situées soit dans les cavités rénales ( calices ou bassinet ), soit dans les uretères.
Le maximum de fréquence se situant vers 50 à 70 ans.
Les mêmes facteurs favorisants que les tumeurs de vessie sont retrouvés, c’est-à-dire le tabagisme et l’exposition aux produits dérivés de l’industrie du caoutchouc, de la peinture et des colorants.


2. Tableau clinique :

L'hématurie est le signe clinique de loin le plus fréquent. Elle est totale, indolore, intermittente, souvent abondante. Dans certains cas, elle peut entraîner des douleurs de colique néphrétique par migration de caillots.

La douleur lombaire est moins fréquente. Outre la migration de caillots, elle peut témoigner soit d'un envahissement locorégional, soit de métastases, osseuses en particulier.

Un gros rein peut se voir : il traduit plus souvent une stase uro-hématique que la présence d'une volumineuse tumeur.

D'autres symptômes peuvent se rencontrer :
- des infections urinaires à répétition ;
- un déclin de l'état général ;
- des douleurs osseuses d’origine métastatique.

Dans la majorité des cas, l’examen clinique  est totalement normal. Rarement le rein peut être palpable.


3. Les examens complémentaires :

Ces examens sont fondamentaux et permettent le diagnostic. Ce sont :
- l'urographie intraveineuse ;
- l'urétéro-pyélographie rétrograde ;
- les frottis urinaires ;
- l'échographie ;
- le scanner.

1) L'urographie intraveineuse

L'image la plus caractéristique est la lacune arrondie, polycyclique, souvent implantée sur un des bords de la voie excrétrice. L'image est souvent de meilleure qualité en réplétion (compression abdominale). Il s'agit plus rarement d'un rétrécissement irrégulier, excentré, de dimension variable, avec une stase en amont. Ce rétrécissement peut être isolé ou accompagné d'une lacune polycyclique. Ce sont ces rétrécissements qui peuvent entraîner une mutité rénale.
Enfin, il ne faut jamais oublier d'examiner le rein opposé apparemment sain pour rechercher d'éventuelles lésions bilatérales. Il faut aussi bien regarder la vessie à la recherche d’une association à une tumeur de vessie.

2) L'urétéro-pyélographie rétrograde

Cet examen doit être fait avec toute la prudence qui doit entourer les examens rétrogrades et ce d'autant qu'il existe une stase urinaire.
Cet examen a son indication quant l’urographie ne permet pas d’obtenir une bonne opacification des cavités rénales et des uretères soit parce qu’il existe une insuffisance rénale, soit parce qu’il y a une obstruction.
Il va souvent donner une meilleure définition de l'image vue à l'urographie en permettant d'étudier l'état de la paroi où s'implante la tumeur (rigidité, souplesse).
Il va permettre de découvrir et de localiser l'existence d'un rétrécissement responsable d'une mutité rénale.
La pyélo-urétérographie descendante est souvent préférable si l'échographie a montré des cavités dilatées dans ce rein muet.
L’urétéro-pyélographie rétrograde étant réalisée au cours d’une cystoscopie, on en profitera pour bien examiner la vessie.
 

3) Les frottis urinaires

La recherche de cellules anormales dans les urines est un élément fondamental du diagnostic.
Il s’agit d’un prélèvement d’urine qui peut être fait dans un laboratoire d’analyses médicales classiques mais qui doit être envoyé dans un laboratoire d’anatomo-pathologie spécialisé pour la lecture ( à ne pas confondre avec un banal examen cyto-bactériologique des urines à la recherche d’une infection qui doit aussi être fait ).

4) L'échographie et la tomodensitométrie

Les examens précédents permettent, dans un grand nombre de cas, de faire le diagnostic. Mais il n'est pas rare que le diagnostic reste hésitant, en particulier avec un calcul d'acide urique radiotransparent.
Le scanner, bien mieux que l'échographie, va, dans ces cas, apporter le clef du diagnostic en révélant la densité de la tumeur et en permettant d'apprécier son volume, sa base d’implantation ( un calcul d'acide urique étant d'une densité très forte contrairement à celle de la tumeur ).

5) La cystoscopie

Elle est indispensable en période hématurique pour voir d'où sourd le sang, pour vérifier l'intégrité de la muqueuse vésicale.

6) L’urétéroscopie

En général avec un urétéroscope souple, elle peut être nécessaire dans certains cas où le diagnostic est douteux : il s’agit en général de petite lésion.
Elle consiste à mettre un instrument fin muni d’un système optique permettant d’aller voir dans l’uretère jusque dans le rein.


4. Le diagnostic différentiel

Un diagnostic est souvent délicat à éliminer : la lacune provoquée par la présence d'un calcul d'acide urique.

En faveur d'un calcul d'acide urique

- l'existence de crises de colique néphrétique avec expulsion de calculs ;

- la présence de cristaux d'acide urique au culot urinaire ;

- un pH urinaire constamment inférieur à 6 ;

- à l'urographie intraveineuse,  dans le bassinet ou dans un calice, une lacune parfois mobile, arrondie ou à facettes, entourée sur toutes ses faces de produit de contraste et au niveau de l'uretère l'image lacunaire s'accompagne d'une dilatation en amont et souvent d'une courte sténose inflammatoire sous-jacente suivie d'un uretère hypotonique.

Mais en dernier ressort, le diagnostic sera fait par l'échographie et le scanner qui révéleront une image hyperdense lors d'un calcul d'acide urique.


5. Traitement 

1) La chirurgie conservatrice :

- La tumorectomie :
Elle consiste en une excision de la tumeur emportant son pédicule et, surtout, la muqueuse sur laquelle elle s'implante.
Il s'agit d'une chirurgie non mutilante respectant la fonction rénale ; elle peut être faite par voie endoscopique soit par voie rénale percutanée, soit par urétéroscopie.
Le risque majeur est la récidive de la tumeur et peut-être sa dissémination lors de l'exérèse ; c'est une chirurgie non carcinologique.

- La néphrectomie partielle ;

- L’urétérectomie partielle.

2) La néphro-urétérectomie totale

avec ablation d’une collerette vésicale enlevant la portion intra-murale de l’uretère :

Cette intervention est le traitement de référence. Elle peut être réalisée par chirurgie laparoscopique, à condition d’avoir suffisamment d’arguments pour penser qu’il s’agit d’une tumeur non infiltrante ( en effet dans ce cas l’abord laparoscopique est très discuté ).
Il faut être certain de ne pas ouvrir la voie excrétrice sinon le risque de greffes tumorales, notamment sur les sites de trocarts est important et il faut absolument extraire le rein après l’avoir mis dans un sac par une incision adaptée à la taille du rein.
  

3) Les traitements adjuvants :

- La radiothérapie :
Elle peut être utilisée soit à titre préopératoire lorsque la tumeur est invasive ou lorsque la cytologie montre des cellules malignes.
Elle peut être postopératoire lorsque l'examen de la pièce opératoire a montré que la tumeur a dépassé la musculeuse ou lorsque les relais lymphatiques sont envahis.

- La chimiothérapie :
Elle est peu efficace.

4) Indications chirurgicales

Elles sont difficiles à schématiser car elles dépendent de multiples facteurs : nature histologique de la tumeur, (en particulier sa classe et son groupe), l'état de l'autre rein, l'âge du malade.

Pour certains, toute tumeur du haut appareil doit faire envisager une néphro-urétérectomie totale élargie enlevant la collerette vésicale, quelle que soit la tumeur.

Pour d'autres, une chirurgie plus restreinte est préférable en cas de tumeur non invasive et dont les frottis n'ont pas montré de cellules malignes : il s'agit de néphrectomie partielle ou d'urétérectomie partielle.

Enfin, il est des cas où seule la chirurgie limitée est envisageable :

- tumeur bilatérale d'emblée ;

- tumeur sur rein unique ou fonctionnellement unique.

Quoi qu'il en soit, plusieurs règles sont admises par tous :

- il est déconseillé d'ouvrir la voie excrétrice pendant l'intervention car il existe incontestablement un risque de greffes tumorales ;

- élargissement de l'exérèse à l'atmosphère cellulo-lymphatique périurétérale est indispensable en cas de tumeur infiltrante.

La surveillance postopératoire à long terme est indispensable. Elle est basée sur :

- les frottis ;

- les urographies ;

- les clichés pulmonaires ;

- et, les examens tomodensitométriques.


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